Prise de parole médiatique des avocats : les erreurs les plus fréquentes et comment les éviter

Lorsqu’un avocat ne répond pas, le journaliste ne renonce pas pour autant. Il cherche ailleurs : auprès d’autres parties, dans des sources indirectes, ou en construisant un récit à partir d’éléments partiels.


Prendre la parole dans les médias n’est jamais un acte anodin pour un avocat. Dans certaines affaires, une phrase peut rassurer. Dans d’autres, elle peut fragiliser une stratégie judiciaire, exposer inutilement un client ou créer un emballement médiatique difficile à maîtriser. Après avoir vu, dans un premier article, comment fonctionnent réellement les échanges entre avocats et journalistes, il est utile de s’arrêter sur les erreurs les plus fréquentes observées sur le terrain, pour comprendre, anticiper et reprendre la maîtrise de sa parole.

Un article publié sur le Village de la Justice

Croire que le silence protège toujours

Beaucoup d’avocats pensent encore que ne rien dire est la meilleure manière de se protéger. En pratique, le silence laisse souvent un vide que d’autres remplissent. Lorsqu’un avocat ne répond pas, le journaliste ne renonce pas pour autant. Il cherche ailleurs : auprès d’autres parties, dans des sources indirectes, ou en construisant un récit à partir d’éléments partiels. Le risque n’est donc pas tant de parler que de laisser le récit se construire sans vous.

Répondre ne signifie pas tout dire. Une réponse cadrée, factuelle, même minimale, permet souvent de fixer une limite claire et d’éviter les interprétations hasardeuses.

Parler comme à un confrère

Le langage juridique est précis, mais il n’est pas toujours lisible pour le grand public. Or un journaliste écrit pour des lecteurs, des auditeurs ou des téléspectateurs qui ne maîtrisent ni les subtilités procédurales ni le vocabulaire technique. Souvent, un propos peut être exact juridiquement mais incompris et donc mal reformulé ou simplifié à l’excès au moment de la publication.

Traduire sans trahir : cela suppose d’anticiper les notions sensibles et de les expliquer avec des mots simples, sans jargon, tout en restant rigoureux. C’est un véritable exercice professionnel, qui ne s’improvise pas.

Répondre sous le coup de la pression

Urgence, relances répétées, appels en rafale, caméras à la sortie du tribunal… La pression médiatique pousse parfois à répondre trop vite, sans préparation. C’est souvent dans ces moments-là que surviennent les maladresses, les phrases ambiguës ou les propos sortis de leur contexte.

Prendre quelques minutes pour se poser n’est jamais du temps perdu. Savoir dire : « Je vous répondrai à tel moment, sur tel point, dans ce cadre précis », permet de reprendre la main, sans rompre la relation avec le journaliste.

Vouloir “reprendre le contrôle” du message

Certains avocats abordent l’échange médiatique comme un exercice de communication maîtrisée de bout en bout. Or, contrairement à une plaidoirie ou à un écrit judiciaire, le contrôle total n’existe pas. Le journaliste choisit l’angle, les extraits retenus, le titre et le contexte éditorial. Vouloir imposer un discours figé conduit souvent à la frustration ou à des incompréhensions.

Accepter la logique médiatique tout en sécurisant ses messages clés, cela passe par une préparation en amont. Savoir ce que l’on peut dire, ce que l’on ne dira pas, et ce que l’on souhaite absolument voir compris.

Confondre visibilité et exposition

La médiatisation peut être une opportunité. Elle peut aussi devenir un piège si elle n’est pas pensée stratégiquement. Multiplier les interventions sans cohérence, sans vision à moyen terme ou sans prise en compte du calendrier judiciaire expose inutilement l’avocat et son client.

Chaque prise de parole devrait répondre à une question simple : est-elle utile, nécessaire et maîtrisée à ce stade précis de la procédure ?

Conclusion

Parler aux médias n’est pas un réflexe, c’est une compétence
La prise de parole médiatique ne relève ni de l’instinct ni de l’improvisation. C’est une compétence à part entière, qui se travaille, s’anticipe et s’ajuste selon les contextes. Les avocats qui maîtrisent ces codes ne sont pas ceux qui parlent le plus, mais ceux qui savent quand, comment et jusqu’où parler.

Dans un prochain article, nous verrons comment cette parole s’inscrit dans un équilibre plus délicat encore, entre déontologie, stratégie judiciaire et gestion des risques.

Cet article s’inscrit dans une série consacrée aux relations entre avocats et médias. Des formations et accompagnements spécifiques permettent d’approfondir ces enjeux et de travailler concrètement sur des situations réelles.


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