Nul homme n’est une île. Dans le cadre de leurs fonctions, les avocats sont rarement seuls dans leur mission. Lorsqu’une affaire devient publique, elle dépasse rapidement les murs des tribunaux ou des cabinets. La communication avec les médias s’inscrit dans ce cadre plus large, où chaque échange peut devenir une opportunité ou un risque. Face à la pression médiatique, il s’agit de protéger les clients tout en valorisant l’expertise et en gérant l’image publique des affaires. Une maîtrise de ces enjeux, basée sur une compréhension des contraintes réciproques, est indispensable pour préserver l’intégrité des dossiers tout en répondant aux attentes des journalistes et du public. Après avoir vu les erreurs les plus fréquentes et comment les éviter, ainsi que le fonctionnement des échanges entre avocats et journalistes, il est utile de s’arrêter sur les aspects stratégiques de la prise de parole médiatique.
Le cadre déontologique : des garde-fous essentiels.
Le secret professionnel, la loyauté et la dignité constituent les piliers déontologiques de la profession d’avocat, rappelés par les articles 2, 6 et 10 du Règlement Intérieur National (RIN). Contrairement à la plaidoirie, qui bénéficie d’une immunité relative, les interventions médiatiques engagent une responsabilité accrue. Une parole imprudente peut compromettre le bon déroulement d’une enquête ou d’un procès, en entraînant des nullités ou des reports pour trouble à la sérénité des débats.
Sur les affaires en cours, la communication doit être rigoureuse : éviter toute divulgation qui pourrait influencer les parties ou le juge. La jurisprudence récente (par exemple, des arrêts de la Cour de cassation sur la présomption d’innocence) souligne l’importance de rester factuel, sans spéculations ni éléments partisans. Pour les affaires closes, le champ est plus large, mais toujours dans le respect de la vérité et de la nuance, sans risquer une atteinte à la vie privée ou une diffamation. Une astuce technique : avant toute intervention, évaluer si l’information est publique ou relève du secret – un simple check-list déontologique peut éviter bien des écueils.
Les choix stratégiques : prendre les devants pour cadrer le récit.
Faire l’autruche face à la pression médiatique, c’est risquer de laisser le contrôle de la narration à d’autres. Une mauvaise communication, ou son absence, peut entraîner la propagation d’informations incorrectes, une perception négative dans l’opinion publique ou une pression accrue sur les institutions impliquées. En revanche, prendre les devants permet de cadrer le récit : fournir des informations précises pour éviter les interprétations erronées, préserver le bon déroulement des enquêtes ou des procès, et renforcer l’image professionnelle.
Quand parler ? Pour une sortie d’audience, un appel à témoins ou pour contrebalancer une communication adverse. Quand se taire ? Dans les dossiers sensibles, où le silence protège l’équité du processus judiciaire. L’articulation avec la stratégie judiciaire est clé : l’opinion publique peut indirectement influencer les juges ou le moral du client. Une astuce pratique : désigner un interlocuteur défini et formé au sein du cabinet pour les médias, afin d’assurer une cohérence et d’anticiper les sollicitations. Cela permet de structurer les interventions pour transmettre le bon message, sans compromettre les objectifs.
Gérer les conséquences et les crises : anticiper pour mieux contrôler.
Même avec une préparation rigoureuse, des aléas surgissent : déformation d’une citation, titre racoleur ou montage sélectif. Ces incidents peuvent amplifier la pression sur le dossier ou entacher la crédibilité. Le droit de réponse ou une rectification factuelle reste un outil efficace pour corriger, sans escalade. Préparer le client à l’exposition médiatique est tout aussi crucial : expliquer les risques pour gérer les situations de crise où chaque mot compte.
L’importance de la constance ne doit pas être sous-estimée : une communication cohérente renforce la fiabilité et évite les contradictions qui pourraient être exploitées. En cas de crise, adopter une attitude professionnelle – calme, transparent et fiable – permet de déjouer la pression et de préserver l’intégrité de l’affaire
Conclusion…
La prise de parole médiatique est un art différent de celui de la plaidoirie et exige un équilibre délicat entre déontologie stricte, choix stratégiques et gestion proactive des risques. En structurant ses interventions et en anticipant les contraintes, l’avocat transforme une potentielle source de stress en atout pour ses dossiers. Cet article s’inscrit dans une série consacrée aux relations entre avocats et médias. Des formations et accompagnements spécifiques permettent d’approfondir ces enjeux et de travailler concrètement sur des situations réelles.



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