« Je ne parle pas aux journalistes » : comprendre la méfiance et dépasser les idées reçues

De nombreux avocats ont, un jour ou l’autre, vécu une situation désagréable avec un média: Un propos nuancé qui devient une phrase choc. Une analyse juridique résumée en quelques mots. Ou, plus simplement, la sensation de ne pas avoir été compris.


« Je ne parle pas aux journalistes. »

Cette phrase, je l’ai entendue de nombreuses fois lorsque j’étais journaliste spécialisée police-justice. Je l’entends encore aujourd’hui lors de mes ateliers et formations dédiés à la prise de parole médiatique des avocats.

Elle n’est jamais prononcée avec légèreté et traduit souvent une expérience passée : un propos raccourci, une phrase sortie de son contexte, une interview coupée au montage ou un titre qui ne reflète pas l’intention initiale.

Cette méfiance existe. Et elle n’est pas totalement infondée. Mais refuser par principe tout échange avec les médias revient parfois à se priver d’un levier stratégique essentiel — pour la défense d’un client, mais aussi pour la compréhension du débat judiciaire par le grand public.

Une méfiance souvent nourrie par des expériences difficiles

De nombreux avocats ont, un jour ou l’autre, vécu une situation désagréable avec un média: Un propos nuancé qui devient une phrase choc. Une analyse juridique résumée en quelques mots. Ou, plus simplement, la sensation de ne pas avoir été compris.

Il serait naïf de prétendre que ces situations n’existent pas. Comme dans toutes les professions, il existe des pratiques plus ou moins rigoureuses. Cependant, ces expériences isolées ne reflètent pas l’ensemble du travail journalistique. La grande majorité des journalistes spécialisés travaillent avec méthode, vérification et souci de précision, notamment lorsqu’il s’agit de sujets judiciaires.

Comprendre cette réalité est la première étape pour sortir d’une logique de confrontation.

Le silence n’empêche pas l’information de circuler

Lorsqu’une affaire devient médiatique, l’information circule de toute façon. Si l’avocat de la défense refuse systématiquement de répondre, d’autres sources s’exprimeront à sa place : parties adverses, témoins, experts, ou parfois simplement des commentaires extérieurs.

Dans ce contexte, le silence peut créer un déséquilibre dans la perception publique de l’affaire.

Prendre la parole ne signifie pas médiatiser à tout prix. Il s’agit plutôt de rétablir un cadre, d’apporter des éléments factuels et, lorsque cela est nécessaire, de rappeler les principes fondamentaux du droit.

Rappeler la présomption d’innocence est aussi une responsabilité

Dans les affaires sensibles, l’espace médiatique peut rapidement se transformer en tribunal parallèle.

Le rythme de l’information, les réactions sur les réseaux sociaux et la simplification inhérente aux formats médiatiques peuvent conduire à des jugements rapides. Dans ce contexte, la parole de l’avocat joue parfois un rôle essentiel. Elle permet de rappeler que la présomption d’innocence n’est pas une formule abstraite, mais un principe fondamental de notre État de droit.

Exprimer cette réalité dans les médias contribue aussi à rééquilibrer le débat public.

Défendre son client reste bien sûr la priorité absolue. Mais expliquer le cadre judiciaire, rappeler le temps de la justice et apporter une parole mesurée peut aussi servir l’intérêt collectif.

Communiquer avec les médias ne s’improvise pas

La difficulté vient souvent de là. La relation avec les journalistes obéit à des codes spécifiques qui diffèrent profondément de ceux de la procédure judiciaire.

Un avocat maîtrise naturellement l’argumentation juridique, la stratégie procédurale et la plaidoirie. La prise de parole médiatique, elle, suppose d’autres réflexes : clarifier un message, anticiper les angles journalistiques, savoir poser des limites tout en restant accessible.

Ces compétences relèvent du media training. Elles permettent d’aborder les échanges avec les journalistes de manière plus sereine et plus stratégique.

L’objectif n’est pas de « faire de la communication », mais de protéger sa parole et celle de son client.

Retrouver un dialogue plus apaisé entre justice et médias

Journalistes et avocats n’ont pas le même rôle, mais leurs missions se croisent autour d’un enjeu commun : l’information du public.

  • Les premiers rendent compte des affaires judiciaires.
  • Les seconds défendent les intérêts d’un client dans un cadre juridique strict.

Lorsque le dialogue est possible, chacun contribue à éclairer la compréhension d’une affaire complexe.

Dire « je ne parle pas aux journalistes » peut être une réaction compréhensible.
Mais savoir quand, comment et dans quelles limites prendre la parole peut parfois s’avérer tout aussi essentiel.

Parce qu’au-delà des tensions ponctuelles, l’information judiciaire reste une question d’intérêt collectif. Et la voix de la défense y a toute sa place.