Dans le quotidien des avocats, la prise de parole médiatique dépasse largement le cadre des grands procès pénaux. Les sollicitations surgissent désormais dans des domaines variés : droit de la famille, contentieux économique, droit social ou affaires sociétales. Les médias cherchent à rendre accessible une actualité souvent complexe, tandis que l’avocat doit protéger les intérêts du client et préserver la stratégie judiciaire. Comprendre les rouages de ces échanges permet de transformer une contrainte potentielle en opportunité maîtrisée.
Comprendre l’univers médiatique pour anticiper la pression.
Les avocats ne travaillent pas en vase clos. Leur mission s’inscrit dans un écosystème où les médias jouent un rôle croissant. Les journalistes ont pour objectif d’informer le public : rassembler des éléments, poser des questions et raconter une histoire captivante. Ignorer leurs demandes revient souvent à laisser le champ libre à des sources officieuses, moins fiables, qui propagent des informations partielles ou erronées. Cela peut polluer l’opinion publique, accroître la pression sur le dossier et compliquer le déroulement judiciaire.
Répondre permet de cadrer le récit : fournir des éléments précis évite les interprétations hasardeuses et démontre un engagement envers la transparence et la rigueur. Les contraintes des rédactions – urgence, précision, exclusivité – expliquent la pression exercée. Les premiers à la ressentir sont les journalistes eux-mêmes, confrontés à des délais serrés (un sujet monté en une heure pour un JT, publication immédiate sur le web). Derrière le journaliste sur le terrain se trouvent des acteurs invisibles : rédacteurs en chef qui définissent les angles, desks qui vérifient les faits. Ces réalités amplifient les impératifs, mais offrent aussi une opportunité : devenir un interlocuteur fiable et respecté.
Une communication maîtrisée transforme ces interactions en atout : diffusion de messages justes auprès du public, renforcement de la compréhension des enjeux juridiques complexes, et protection du bon déroulement des affaires.
Le point de vue de l’avocat : enjeux, risques et préparation opérationnelle.
Pour l’avocat, ces échanges constituent un exercice d’équilibre délicat. Le défi principal réside dans la protection du client tout en gérant l’image publique des affaires. Le secret professionnel, la loyauté et la dignité constituent des garde-fous absolus. Une parole imprudente peut compromettre une enquête, influencer un juge ou entacher la crédibilité.
Les enjeux concrets incluent :
Protéger le déroulement du dossier : éviter les fuites qui pourraient entraîner nullités ou reports.
Valoriser l’expertise : expliquer simplement les enjeux juridiques pour devenir une référence.
Gérer l’opinion publique : contrer une perception négative dans les affaires sensibles.
Les risques observés fréquemment :
Propagation d’informations incorrectes (citations sorties de contexte, titres racoleurs).
Pression accrue sur l’avocat ou le client (appels incessants, spéculations sur les réseaux sociaux).
Malentendus déontologiques (divulgation excessive en off, oubli que les réseaux sociaux n’offrent pas l’immunité de la plaidoirie).
Pour se préparer opérationnellement, évaluer chaque sollicitation reste essentiel : opportunité ou risque ? Poser ces questions avant tout échange :
Quel est l’angle du journaliste ? (Demander directement pour recadrer.)
Quels éléments peuvent être divulgués sans violer le secret ?
Comment cela sert-il la stratégie judiciaire ?
Préparer un « kit de base » s’impose : trois messages clés maximum, formulés en langage accessible (éviter le jargon non expliqué). Exemple pour une sortie d’audience : « Le client conteste fermement les faits et des preuves solides seront produites à l’audience. » Tester ces messages à voix haute assure naturel et fluidité.
Les clés pour un échange efficace et maîtrisé.
Adopter une approche proactive transforme les interactions. Commencer par poser les bases : se présenter clairement (« Maître X, avocat de la partie Y ») et fixer le cadre (« Je peux répondre sur ces points, mais pas sur l’enquête en cours »). Cela instaure une relation professionnelle et limite les malentendus.
Différencier les niveaux de confidentialité :
Interview : citable mot pour mot.
Off : contexte sans attribution (utiliser avec parcimonie).
Source : anonyme pour aider à comprendre sans citation.
Maintenir une attitude professionnelle : parler calmement, posture droite, contact visuel. Face à la pression, savoir dire non sans froisser : « Je comprends l’intérêt de la question, mais pour préserver la défense du client, ce point ne peut être commenté. » Proposer une alternative (communiqué écrit) permet de contrôler le message.
Anticiper reste la meilleure défense : désigner un interlocuteur unique au sein du cabinet pour les médias, préparer des communiqués types pour les affaires sensibles. Ces réflexes évitent les improvisations risquées.
Conclusion.
Comprendre la dynamique derrière ces échanges permet de passer d’une posture défensive à une maîtrise offensive. Appliquer ces clés opérationnelles – anticipation, préparation des messages, cadrage des échanges – transforme une source potentielle de stress en atout pour les dossiers.



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